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Editorial : Quand la Guinée se hâte lentement

Sékou Touré l’avait dit : « la Guinée sera le tombeau de l’impérialisme ». A en juger par les imprécations de ses successeurs, notamment Dadis, jusqu’au 3 décembre 2009, l’impérialisme n’était pas mort.

En revanche, la Guinée est bien le cimetière des analystes politiques qui ne comptent plus le nombre de fois où le tsunami qu’ils prédisent se transforme en brise et où l’apocalypse redoutée finit en tendre effusion entre les acteurs locaux. Tel sera encore le cas dans six mois entre Sekouba Konaté et ses compagnons d’armes, Sekouba Konaté et Jean Marie Dorey, Jean Marie Dorey et ses camarades des forces vives.

La leçon de prudence vaut d’être retenue. Cependant, l’accord du 17 janvier, s’il scelle pour le moment le sort de Dadis, ne règle pas tous les problèmes de la Guinée. La preuve, alors qu’on en avait oublié jusqu’à son existence, la Commission nationale d’enquête sur les événements vient de rouvrir la boîte de Pandore pour en faire sortir ce diable de Toumba qui reconnaît, dans son interview au chanceux Olivier Rogez de Rfi, que c’était bien la garde présidentielle le coupable des massacres du 28 septembre à l’instigation du seul Dadis.

Une autre preuve ? Les violences du vendredi qui ont fait cinquante-cinq blessés à Nzérekoré en raison des fractures ethnico-religieuses. Une dernière preuve ? Les « solutions bateau » et la force d’inertie de la gouvernance locale. Par exemple cette feuille de route en onze points du Premier ministre et qui vont du plus spécifique au plus vague.

Et cette structure gouvernementale de trente-deux portefeuilles qui vont aussi du plus vertical au plus horizontal. La Guinée, certes, a besoin de consensus mais aussi de résultats. Or l’après-Dadis semble devenu une sorte d’arche de Noé avec l’antidote de chaque spécimen embarqué.

Et en avant pour la Guinée démocratique dans six mois, avec des élections transparentes, une gestion intègre de l’économie et un arbitrage impartial entre les acteurs de la transition.

Tout cela sous la responsabilité d’un Premier ministre dont le flou artistique est encore maintenu sur son droit ou non à la candidature à la présidentielle qu’il devra donner à la Guinée dans un peu moins de 180 jours alors que la formation de l’équipe gouvernementale - qui se fait généralement ailleurs autour de l’apéro - lui paraît déjà un travail de titan. A ce rythme là…

Adam Thiam

Le Républicain du 08 Février 2010.

 

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