Dans un précédent numéro de cette rubrique, nous écrivions sous le titre révélateur « Le chant des chantiers », que le Mali fait des pas de géant à travers ses immenses chantiers de développement. Aujourd’hui, il serait en effet prétentieux de citer, de façon exhaustive, les nombreux chantiers qui parsèment toute l’étendue du territoire national. C’est donc une lapalissade que d’affirmer que le régime du président Amadou Toumani Touré est, de loin, celui qui a le plus contribué à faire du Mali, un pays doté en infrastructures de haute portée. Cependant, le lancement ou l’inauguration de ces infrastructures de développement font souvent l’objet d’une... surdose de folklore aussi coûteux que le projet lui-même.
Taoussa sera une révolution dans le cadre du développement du Mali en général et des régions septentrionales du pays en particulier. Avec un coût total de 195 milliards de francs CFA, le projet de Taoussa a pour composantes principales un barrage et ses ouvrages annexes, une route d’accès de 130 km entre le site du barrage et Gao, via Bourem, un système électrique comprenant une centrale de 25 MW, un réseau de transport d’énergie électrique devant desservir les villes de Bourem, Gao et Bamba et des aménagements hydro-agricoles offrant la possibilité de disposer de 185 000 hectares de terres aménagées.
Taoussa, c’est aussi l’aménagement à court terme de 3 500 ha de périmètres irrigués, la construction de routes, et, sur le plan énergétique, la production de 25 MW pour alimenter la région de Gao. Il est également prévu la production de 118 GW/an d’énergie hydroélectrique, soit 87% des 135 GW de la demande totale d’énergie dans la zone du projet. Ce projet de développement intégré va sortir les régions de Gao, Tombouctou et Kidal de la pauvreté à travers l’autosuffisance alimentaire.
« Toute la République à Taoussa ! »
Ce fut le cas à plusieurs reprises et récemment avec plusieurs dizaines de 4x4 lancées sur la route de la région de Ségou à l’occasion de l’électrification de Niono et des localités avoisinantes. Ce sont là des gachis dont personne ne mesure la portée. C’est la partie visible de l’iceberg de nos lancements de travaux et inaugurations tous azimuts.
Le fait est écœurant si des lampadaires, des bornes fontaines, des pistes rurales et routes, des usines et zones industrielles doivent être régulièrement inaugurées ou réceptionnés par le président de la République. Histoire de prouver que le Projet pour le Développement Economique et Social (PDES), comme ATT aime à le dire, « ne marche plus depuis très longtemps, il court ».
Ce n’est pas là un mot d’ordre de quelque officier que ce soit, c’est plutôt la réalité vécue par les Maliens durant la semaine dernière. Un tour dans tel ou tel ministère pour régler un petit détail administratif, laisse l’« usager du service public » sur sa soif. C’est un strict service minimum qui ne dit pas son nom. « Le ministre, le Ségal, le DAF... sont tous à Taoussa ».
La réponse est hélas la même, ici comme ailleurs. Tout le pays, notamment Bamako, avait donné l’impression de s’être arrêté. Raison : le président de la République pose la première pierre d’un important barrage « hydro électrico-agricole ».
Le fait à déplorer est que, selon un haut responsable politique, « à chaque fois que le Chef de l’État se déplace pour des occasions similaires, plusieurs hauts cadres et même des agents subalternes désertent leurs bureaux pour suivre la délégation. Ils vont en.. « mission présidentielle » au frais de l’État. Histoire de se faire voir par le locataire de Koulouba ou ses plus proches collaborateurs.
Bruno Djito SEGBEDJI
08 Février 2010.
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